Le système carcéral anglais : un modèle qui privilégie l'intérêt de l'enfant
Dernière mise à jour : 22 août 2025
Comparer les systèmes français et anglais permet de mettre en lumière des approches très différentes de la maternité en prison. Alors que la France reste centrée sur la détention et la sécurité à tout pris, l’Angleterre privilégie l’intérêt de l’enfant, avec des nurseries séparées et un cadre pensé pour son bien être. Cette comparaison révèle autant les avantages que les limites de chacun des modèles.

© Anita Maric - A l'image de la prison d'Eastwood Park à Falfield, le système carcéral en Angleterre privilégie le développement de l'enfant et non la détention de la mère.
La thèse d’Ariane Amado, chargée de recherche au CNRS, que nous avons pu interviewer dans le cadre de cette enquête, « L’enfant en détention en France et en Angleterre : contribution à l’élaboration d’un cadre juridique pour l’enfant accompagnant sa mère en prison » écrite en 2018, permet la comparaison des systèmes anglais et français sur les conditions de vie en détention des mères et de leurs enfants.
« En France et en Angleterre, la population carcérale féminine est assez similaire, notamment en termes de nombre de femmes incarcérées. En France, il y aurait en moyenne soixante-seize places prévues pour l’accueil des mères avec leur enfant réparties sur tout le parc pénitentiaire, et un nombre approximatif de cinquante enfants », précise Ariane Amado.
L’Angleterre établit à soixante-quinze le nombre de places permettant cet accueil en prison, dont une cinquantaine d’enfants en moyenne par an. On constate déjà que l’on se base sur deux pays avec une population carcérale similaire, ce qui est nécessaire pour établir une comparaison sur la gestion de cette dite population.
« En France, le droit pénitentiaire s’est développé autour d’une mission centrale aux contours incertains et mouvants, celle d’assurer la sécurité publique », explique Ariane Amado. L’environnement carcéral est centré autour de la mission d’assurer la sécurité publique, jusqu’à sacraliser cette sécurité, la rendant omniprésente dans les règles et textes de loi.
Un modèle pensé pour l’enfant, pas la détention
Des bâtiments sont dédiés aux enfants et sont séparés du reste de la détention. Ariane Amado nous indique : « Le bâtiment fonctionne entièrement sur l’intérêt supérieur de l’enfant, donc il y a dans chaque établissement une crèche obligatoire qui est agréée par les normes de l’OFSTED (Inspection générale de l'enseignement, des services à l'enfance et des compétences NLDR), qui sont les normes des crèches en Angleterre. Il y a des assistants maternels qui travaillent dans la crèche. Les cellules des mères avec leurs enfants sont appelées des chambres, parce que c’est la chambre de l’enfant et pas la cellule de la mère avant tout. » Ces chambres ne sont jamais verrouillées, même la nuit : les mères peuvent toujours sortir dans les espaces collectifs, pour calmer les bébés. Ce qui est complètement impossible en France.
En Angleterre et au Pays de Galles, le droit pénitentiaire contemporain s’est développé autour de la notion centrale de la prévention du risque. « Le système carcéral anglais a également vu apparaître l’essor des droits fondamentaux des personnes incarcérées, illustré de manière manifeste par l’entrée en vigueur du Human Rights Act en 1998. La matière pénitentiaire anglaise s’est retrouvée, elle aussi, prise entre le besoin croissant de prévenir tout risque et la nécessité de respecter les droits fondamentaux des personnes incarcérées », souligne Ariane Amado.
En Angleterre, des unités nurserie ont été aménagées au sein de certaines prisons pour femmes, en dehors des bâtiments de détention, séparées du reste de la population carcérale. Ces nurseries carcérales fonctionnent en mettant en priorité l’intérêt de l’enfant. Sur le modèle d’une crèche, les enfants bénéficient d’activités infantiles pendant que leurs mères poursuivent leur formation, travail ou activité prévus au sein de leur parcours de peine.
C’est un système semblable à la crèche de Fleury-Mérogis, mais qui s'étend à toutes les prisons accueillant des bébés, pour un impact plus global. Ce modèle valorise une approche où l’enfant est traité comme un sujet de droit ayant besoin d’un cadre sécurisé, pas comme un occupant de cellule.
Les limites du système anglais
Bien qu’il soit dans les faits bien plus tourné autour du bien-être de l’enfant et de son développement, ce système possède tout de même ses limites.
Contrairement à la France où toutes les femmes peuvent rester auprès de leur enfant en prison, sauf dans des cas particuliers, en Angleterre il faut monter un dossier pour pouvoir prétendre à ce droit. Ariane Amado évoque : « On ne peut pas rentrer comme ça dans l’unité nurserie. C’est un dossier que les femmes enceintes doivent faire dès la grossesse et elles peuvent ne pas être acceptées alors que le bébé n’est pas encore né. Toutes les mères peuvent ne pas voir leur candidature acceptée, le principe de précaution peut être parfois très rigide. »

Commentaires