L’aile mère-enfant, une véritable séparation avec le reste de la prison
Dernière mise à jour : 18 sept. 2025
Au sein des prisons, les quartiers nurseries offrent des aménagements spécifiques pour les mères détenues et leur enfant. Mais entre l’isolement et les équipements inégaux, le lien maternel se heurte aux contraintes carcérales.

© Cécile Chevalier LP - Si la cour de Fleury-Mérogis paraît bien colorée, d'autres prisons ne disposent pas de ce genre d'aménagements pour les bébés.
À l’écart des autres détenues, le quartier nurserie est le plus souvent séparé du reste de la prison. Personne, hormis le personnel pénitentiaire, ne peut y entrer, ni être en contact avec les enfants. Emilie, incarcérée en 2011 à Fleury-Mérogis, se souvient : « Tout était moche et gris en prison mais lorsque nous sommes dans l’unité nurserie, tout est coloré. » Selon la circulaire relative à la prise en charge des enfants vivant avec leur mère en détention du 24 novembre 2023, les unités nurseries doivent notamment être « les plus préservées possible des bruits présents en détention ».
Etienne Chaize, ex-journaliste du Pays Roannais, qui a écrit une série d’articles sur le quartier mère-enfant de la prison de Roanne (aujourd’hui fermée), nous raconte : « La mise à l'écart de ces quartiers est quasiment généralisée, car il ne faudrait pas qu’à un seul moment, les enfants puissent être mis en danger. En peine longue, quand il y a des femmes en détention, c'est pour des faits souvent très graves. Et l'infanticide en fait partie. »
Quels sont les aménagements d’une nurserie en prison ?
Selon la circulaire du 24 novembre 2023, l’administration pénitentiaire s’engage à fournir « tout le petit équipement nécessaire à un enfant ».
À Fleury-Mérogis, plusieurs espaces collectifs sont disponibles. L’un est appelé « salle de jeux », avec une piscine à balles au centre. L’autre pièce, dite « salle à manger » ou « réfectoire », est destinée aux repas collectifs des enfants. Elle ouvre, par des portes vitrées, sur un patio, également nommé « jardin ». Emilie raconte qu’elle sortait de sa cellule de 8h à 12h et de 14h à 18h : « Pendant ce temps hors cellule, nous sommes dans ces espaces ou parfois dans la cour reliée à l’unité ».

© Coline Cardi - Plan de la nurserie de Fleury-Mérogis.
Dans leur cellule — un peu plus grande que celles des détenues « classiques » — un espace distinct est aménagé pour la mère et l’enfant. La circulaire de 2023 précise : « Les cellules doivent être aménagées de manière à permettre une séparation de l’espace de la mère et de celui de l’enfant (la télévision doit se trouver hors de l’espace de l’enfant). »
Dans sa cellule, Marie dispose de son propre lit, d’un lit pour son bébé, d’une table à langer avec baignoire intégrée, d’un chauffe-biberon et d’un réfrigérateur. Ces équipements sont conseillés par la circulaire, tout comme la superficie minimale des cellules mère-enfant, fixée à 18 m².
Depuis l’extérieur, Etienne Chaize compare ces cellules à des chambres d’hôpital. « Elles ont toutes une douche privative et c'était plutôt bien aménagé. Mais c'est normal en même temps, parce qu'il y a aussi des êtres qui n'ont pas à être là. »
Une poussette est également fournie, conformément à la circulaire, et une cellule sert de réserve avec des vêtements de toutes tailles pour les enfants. La circulaire prévoit aussi des dispositifs de sécurité : « revêtements de sol souples » et « dispositifs anti-pince-doigts sur les portes ».
Par rapport à l’ancienne version, la circulaire de 2023 prévoit davantage d’équipements, notamment des jouets, ce qui n’était pas le cas auparavant, « faute de financement », comme le rappelle Ariane Amado, chargée de recherche au CNRS.
Des prisons avec peu de places et moins d’aménagements
En France, en 2025, les femmes représentent à peine 3,5 % de la population carcérale, soit environ 3 000 détenues sur près de 85 000 personnes incarcérées. Parmi elles, une infime partie sont enceinte ou vivent avec leur enfant. Selon les dernières statistiques du ministère de la Justice, au 1er janvier 2025, on comptait 72 cellules mère-enfant réparties dans 32 établissements pénitentiaires. Trente-deux femmes occupaient ces cellules, dont seize avec leur bébé, et seize enceintes.
La majorité des prisons n’ont qu’une ou deux cellules mère-enfant isolées. En 2020, seuls quatre établissements pénitentiaires disposaient de plus de cinq places spécifiques, leur permettant d’installer de véritables quartiers nurseries.
La maison d'arrêt pour femmes de Nîmes, qui compte 20 places pour plus de 60 femmes, comporte une seule cellule mère enfant, au sein du quartier pour femmes. Quand il y a une maman et son bébé en détention à Nîmes, tout l'environnement carcéral est bouleversé.
Mélanie Kinné, médecin généraliste intervenant à la prison de Nîmes, nous raconte : « Les surveillantes déplacent les personnes détenues appelées « boucans », c'est-à-dire, celles qui font beaucoup de bruit, à l'autre bout de la coursive pour qu'elle ne soit pas au-dessus de la cellule nurserie avec le bébé. »

Dans certaines prisons, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) déplore dans son Avis du 8 août 2013 qu’ « aucune salle d’activité ne soit prévue » et que « l’ameublement des cellules réservées aux mères et enfants ne soit pas adapté à la maternité ni à l’accueil des enfants ». Les conditions d’accueil sont très variables et ne respectent pas toujours les exigences de la circulaire de 2023.
La maison d’arrêt des femmes de Lyon Corbas, compte 60 places pour 120 détenues, et comporte trois cellules mère-enfant dans le quartier nurserie, isolé du reste de la détention, avec une petite cuisine, une salle d'activité et une petite cour de promenade. Marie-Noémie Plat, psychiatre et membre du pôle santé mentale des détenus intervient dans la maison d’arrêt des femmes de Lyon Corbas depuis 7 ans. Elle qualifie la cour de l’espace nurserie comme « absolument abominable, inhumaine, sombre et affreuse ».
A Nîmes, il n’y a pas de cour dédiée aux détenues des cellules mère-enfant. « La maman va se retrouver seule en promenade dans la cour habituelle pendant que les autres détenues sont en cellules, créant un véritable isolement », indique Mélanie Kinné.
De nouveaux aménagements sont toutefois prévus. En août 2025, la maison d’arrêt de Nîmes inaugurera un bâtiment comprenant un nouveau quartier pour femmes de 35 places et une aile « nurserie » de deux cellules, dotée d’un espace de jeu pour les enfants et d’une cour dédiée.
Le CGLPL indique aussi que la surveillance ne doit pas être trop intrusive : « Les cours de promenade ne doivent pas être placées sous la vision directe d’un mirador ou d’un surveillant. »
Un principe non respecté cette fois-ci à Roanne : « On a l'impression que tout est fait pour que ce soit le plus normal possible… Mais on sent qu'il n'y a rien de normal. La petite cour extérieure avec les miradors, c'est étrange. Elles y allaient juste pour fumer, jamais avec leur enfant. Il y a comme un décalage, on dirait un film de Dupieux », se remémore Etienne Chaize.



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