Aménagements carcéraux : une liberté surveillée pour les plus petits
Dernière mise à jour : 22 août 2025
« L'enfant n'est pas détenu, il est libre. Il devrait pouvoir sortir et rentrer comme il veut en prison mais comme il est tout petit en fait, il faut qu'il y ait quelqu'un qui s'occupe de ses allées et venues. » — Ariane Amado, chargée de recherche au CNRS.

© CGLPL - Le maximum est fait pour que malgré la prison les enfants puissent s'épanouir.
Il est beaucoup question de maintien du lien mère-enfant, des mamans et de « leur » bébé, mais on parle très peu du père, de sa place et de son rôle pourtant important.
« Un parent, qu’il soit père ou mère, doit être présent dans cette période pour éviter que l’enfant ne développe des comportements négatifs ou indifférents envers lui. Lorsqu'un bébé reste avec sa mère en prison, il faut que la relation soit maintenue dans un cadre sain, avec des possibilités de contacts extérieurs pour le père », confie Alain Bouregba, psychologue et directeur de la fédération des relais enfants parents.
Cependant, même si la théorie est claire, en pratique, c’est un peu plus compliqué à mettre en place. Ces enfants n’ont pas forcément de père qui souhaite ou soit apte à les voir, les accueillir et en prendre soin. Lorsque c’est le cas, ce n’est pas toujours évident : pour venir régulièrement rendre visite à l’enfant au parloir ou le prendre à son domicile, le père doit être à proximité de la prison, ce qui est rarement le cas.
Les mères ont également du mal à accepter de confier l’enfant à un proche, y compris le père : « Elles s'en occupent en permanence, c’est difficile de les laisser sortir alors qu'elles sont incarcérées à l’intérieur », constate la médecin généraliste intervenant à la maison d’arrêt de Nîmes, Mélanie Kinné.
On peut aussi se poser la question du point de vue du papa : comment vit-il sa paternité ? Il n’est pas incarcéré, n’a pas de peine à purger, mais il connaît son enfant seulement deux fois par semaine, au parloir dans le meilleur des cas.
« Une véritable différence s’observe entre l’exercice de l’autorité parentale par la mère détenue et celle de son autre parent. En effet, l’exercice des droits parentaux sur un enfant en prison subit un profond déséquilibre. L’exercice de l’autorité parentale d’un enfant vivant en prison est soumis à un certain contrôle de la part de l’administration pénitentiaire. Ce contrôle se déplace sur l’enfant et ses relations avec ses proches », nous explique Ariane Amado, chargée de recherche au CNRS.
Cela signifie que même si en théorie le père peut continuer à voir son enfant quand il le souhaite, en pratique, c’est bien plus compliqué et de nombreux pères se détachent de ce rôle, car rien n’est fait pour qu’ils aient une place au sein de ce duo mère-enfant.
Une crèche en prison : l’exemple de Fleury-Mérogis
La micro-crèche, mise en service en 2019, est la toute première en France intégrée à un établissement pénitentiaire. Elle accueille jusqu'à dix bébés, âgés de la naissance à 18 mois, accompagnant ainsi leurs mères pendant leur détention.
Elle présente plusieurs objectifs et bénéfices pour l’enfant : alléger la charge des mères pour leur permettre de travailler, faire des activités ou se reposer. Le but est aussi de préparer à une séparation progressive en vue de l’arrivée des 18 mois de l’enfant.
Un des objectifs principaux est de favoriser un environnement propice au développement de l’enfant, avec d’un côté des aménagements physiques — dortoir, jeux, cadre coloré et ludique — et de l’autre, des activités d’éveil, des sorties au parc et l’intervention de personnel formé et spécialisé aux jeunes enfants.
« La crèche, c’est vraiment une bonne chose. On peut travailler, et nos bébés voient d’autres personnes que nous. C’est bon pour eux », confie une mère détenue dans l’article de l’Observatoire international des prisons (OIP), lors de la visite du député LFI Ugo Bernalicis en 2020.
L’accès aux crèches extérieures : un casse-tête logistique
Si une crèche carcérale existe à Fleury-Mérogis, d’autres places en crèches extérieures sont prévues, ou du moins censées l’être, pour ces enfants incarcérés.
« Le placement des enfants dans des crèches extérieures est souvent prévu (mais pas toujours) et n’est en tout cas pas possible avant trois ou quatre mois. Il suppose l’accord de la mère ainsi que des conditions matérielles de sortie et de retour de l’enfant », indique le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dans son avis du 8 août 2013 relatifs aux jeunes enfants et aux mères détenues.
Dans ces cas, c’est à la PMI d’organiser ces sorties et de faire le relais entre la prison et l’extérieur. Quand c’est possible, les enfants y vont généralement une fois par semaine, rarement plus.
Dans la prison de Roanne (où le quartier nurserie est maintenant fermé), le journaliste Étienne Chaize témoigne : « Il y avait deux des salariés du centre social qui faisaient les aller-retours tous les jours, à pied, à côté. »
C’est une organisation qui demande des moyens financiers et en personnel dont toutes les prisons ne disposent pas. Parfois, c’est tout simplement impossible, car dans certaines prisons, comme à Nîmes, aucune solution d’accueil n’est prévue pour les enfants. Mélanie Kinné explique : « La maman, quand elle se déplace en prison, elle est obligée de garder son enfant avec elle, elle ne peut pas travailler, ni faire d’activités. Il n’y a aucun relais possible sur place, c'est-à-dire, qu'il n’y ni crèche, ni structure extérieure. »
Un des problèmes que cela soulève, surtout dans les petites prisons où l’accès à la crèche est limité voire inexistant, est le manque d’interactions avec des enfants du même âge. Cela est important pour apprendre des notions comme le partage, le contrôle de ses émotions et la gestion des frustrations. Mais l’enfant apprend aussi par mimétisme : il risque d’avoir moins d’imagination pour ses jeux et un vocabulaire et un langage amoindris.



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