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Après la prison : quelles répercussions à l’extérieur sur l’enfant ?

9 août 2025
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 août 2025

À 18 mois, un enfant né en prison est généralement séparé de sa mère détenue, confié à un proche ou en famille d’accueil. Que ce soit sa détention, la séparation, ou la suite de son enfance, ces moments charnières ont marqué l’enfant psychologiquement, parfois avec des conséquences lourdes à porter.

 

© Canva - Lorsque la mère n'a personne à l'extérieur, l'enfant est confié à une famille d'accueil : un placement qui peut avoir de lourdes conséquences.


Nés derrière les barreaux, certains enfants partagent leurs premiers mois avec leur mère en prison. Mais à 18 mois, la loi impose souvent leur sortie : ils sont alors confiés à un proche – père, grands-parents – ou placés en foyer ou famille d’accueil. Une transition qui, pour certains, provoque un choc émotionnel.


Alain Bouregba, psychologue et directeur de la Fédération des relais enfants-parents nous explique : « Lorsque l’enfant quitte la prison à 18 mois, il est souvent placé en famille d’accueil avant de réintégrer un cadre familial. Cette séparation peut être brutale et difficile à vivre pour l’enfant, qui grandit dans un environnement très différent de celui du monde extérieur. Cette transition est émotionnellement compliquée, surtout si la séparation est soudaine. »


Selon lui, cette rupture peut avoir un impact psychologique important comme des difficultés à se réadapter à une vie familiale normale ou entraîner des confusions et troubles émotionnels, qui peuvent s’accentuer avec l’âge.


Et pourtant, le suivi psychologique n’est pas obligatoire pour les enfants, note-t-il : « Il faudrait que ce soit systématique… Il est essentiel que des psychologues formés interviennent dans ce type de situation. Ce suivi doit être proposé, sans être imposé, pour respecter la disponibilité et la volonté de l’enfant. »


Ariane Amado, chargée de recherche au CNRS, à l’origine d’une thèse sur l’enfant en détention, rappelle que la séparation peut aussi être précipitée : « Il arrive que des enfants soient placés en urgence, suite à des suspicions de négligence ou de violences par la mère en détention. Le juge peut suspendre ou retirer l’autorité parentale. Les chiffres sont difficiles à obtenir car la situation est très fluctuante. »


Des peurs chez l’enfant liées au manque d’expériences à l'extérieur ?


En 2023, la pédopsychiatre Anaïs Ogrizek a mené une étude qualitative dans les nurseries carcérales et les cellules mères-enfants en France. Elle y a constaté que certains enfants développent des phobies « liées à des choses auxquelles ils n’ont pas été exposés en prison » : l’accès à la verdure, les animaux domestiques tels que les chiens ou les chats, les véhicules… voire la rencontre avec d’autres enfants ou des hommes.


Un point que réfute Angela Pinto Da Rocha, psychologue en périnatalité, à l’hôpital Sud Francilien de Corbeil : « Depuis toujours, les enfants peuvent sortir de prison. Il ne faut pas imaginer qu’ils restent enfermés dans une cellule 24h/24. » 


En effet, dès la première ligne de la circulaire du 24 novembre 2023, le texte mentionne : « L'enfant vivant avec sa mère en détention n’est pas une personne détenue ». Ce sont les titulaires de l’autorité parentale qui déterminent librement la fréquence et la destination des sorties de l’enfant, réalisés sans la présence de la mère par un personnel spécialement formé, un accompagnant associatif ou un personnel pénitentiaire si aucun tiers ne peut l’accompagner.


« Il y a des jardins où les enfants peuvent toucher la terre, sentir la pluie et le soleil, des éducatrices les emmènent aux marchés voisins, leur montrent des couleurs, la vie extérieure, les voitures. Certaines familles prennent même les enfants pour le week-end avant de les ramener le lundi », nous évoque Angela Pinto Da Rocha. « Là où c’est plus compliqué, c’est pour les mères venant de loin, sans famille proche », nuance-t-elle.


Grandir sans famille : placements, violences et éloignement


Pour certains, la séparation entraîne une série de placements successifs. Lucas (nom d’emprunt), né en 1994 à Évry, a vécu avec sa mère incarcérée jusqu’à ses 18 mois. Puis sa vie a été marquée par les déménagements et les ruptures. Il a notamment décidé de consulter une hypnothérapeute pour soigner ses traumatismes liés à l’incarcération de sa mère et à ses multiples placements.


« Naître en prison, s’attacher à sa mère puis en être privé, c’est compliqué. Grandir en passant d’une famille d’accueil à une autre, parfois maltraitant, sans savoir qui on est ni d’où l’on vient… Ça marque profondément », nous raconte-t-il.


Les foyers où il a vécu n’ont pas toujours été synonymes de sécurité. Il raconte avoir subi des agressions dans trois des six lieux où il a été placé : « J’ai été ballotté de famille en famille. Parfois c’était une libération, parfois une déchirure. À cinq ans, un homme est venu dans ma chambre pour me faire un « gros câlin » parce qu’il trouvait que j’avais l’air triste et il a fini avec sa main dans mon caleçon. »


Il décrit aussi les humiliations : « Je faisais pipi au lit. Au début, on me frappait, puis on changeait les draps. Ensuite, on ne changeait plus les draps, je dormais dessus, parfois plusieurs jours d’affilée. Mon pyjama était souvent mouillé, je devais le remettre chaque jour. »


À 11 ans, une nouvelle agression l’amène enfin à parler : il confie les faits à un enseignant, qui alerte l’assistante sociale. Il est alors placé dans une autre famille. « Beaucoup d’enfants placés subissent des violences physiques, morales, voire sexuelles. Je ne suis pas une exception », assure-t-il.


Ces abus ne sont pas isolés et restent encore fréquents aujourd’hui estime Ariane Amado : « Les familles d’accueil peuvent accueillir plusieurs enfants, ce qui peut entraîner des violences répétées d’enfant à enfant, reproduisant ce qu’ils ont vécu. Malheureusement, ce n’est pas l’administration pénitentiaire qui peut gérer ça, elle se concentre sur les personnes sous sa garde. »


Etienne Chaize, ex-journaliste du Pays Roannais, qui a rencontré ces mères dans le cadre d’un reportage à la prison de Roanne, nuance cependant : « Les conséquences de la séparation à 18 mois et du fait de grandir en prison dépendent de tellement de facteurs : où se trouve l’enfant à la séparation, s’il est avec le père, les grands-parents, une famille d’accueil, si l’environnement est sain ou violent… Et si la mère bénéficie de permissions ou de visites régulières. Un enfant peut sortir à 18 mois et voir sa mère toutes les semaines, ce qui préserve le lien. Il y a donc trop de variables pour tirer des conclusions générales. »

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