Grandir en prison : quel impact sur le développement physique et psychologique de l’enfant ?
Dernière mise à jour : 22 août 2025
La prison n’est pas un lieu adapté pour accueillir de jeunes enfants. Des aménagements sont faits pour favoriser leur épanouissement, mais selon les prisons, ils ne sont pas les mêmes. Dans certaines, il y a des crèches à l’intérieur ou à l’extérieur de la prison ; dans d’autres, cela se résume à deux cellules aménagées, une petite cuisine, une salle de jeux et une cour bétonnée. Cet environnement et les conditions de vie qui en découlent peuvent mener à différents troubles moteurs, psychologiques et sociaux.

© Canva - La prison est un environnement qui peut manquer d'enrichissement pour l'enfant.
Le manque de ressources nécessaires à l’éveil de l’enfant est fréquemment observé par les mères, psychiatres et médecins intervenant en prison. L’enfant a accès à quelques jouets et à une petite cour bétonnée, mais ne peut pas voir l’extérieur, la nature ou goûter à de nouvelles sensations. Une maman incarcérée confiait à Mélanie Kinné, médecin généraliste intervenant à la maison d'arrêt de Nîmes : « J’aimerais bien que ma fille voie des fleurs, des papillons, qu’elle puisse interagir avec son environnement et voir plus que ce que la prison peut offrir. »
Marie-Noémie Plat, psychiatre et membre du pôle santé mentale des détenus de la prison Lyon-Corbas explique : « On a un petit bébé à la nurserie, qui grandit bien, mais qui a de petits troubles du développement psychomoteur avec une petite hypotonie axiale. Il n’est peut-être pas stimulé exactement comme il pourrait l’être à l'extérieur. C’est quand même un bébé qui est bien en interaction. Après, effectivement, il est un peu hyper vigilant au bruit, il a des difficultés à s’endormir et effectivement l’environnement est hyper bruyant pour un bébé, donc je pense que ce n’est pas l’idéal. »
Entre béton et barreaux : un environnement difficile pour grandir
Dès les premiers mois de vie, vivre en prison peut poser des problèmes mineurs. « Sur l’avancement moteur, effectivement, il y avait quand même un peu de retard qu’on pouvait déjà observer entre 5 et 7 mois. Sur les stimulations, la portée du regard, d'avoir quand même une vision un peu plus éloignée c’est important. Les barreaux aux fenêtres, le béton autour, ça peut impacter le développement de l’enfant », explique Mélanie Kinné.
En grandissant, lorsque l’enfant commence à explorer, cela devient un réel problème. D’autres difficultés surviennent chez les enfants légèrement plus âgés : « Il y a des bébés qui ont des retards de développement du langage aussi parce que la maman a du mal à comprendre qu’il faut lui parler. Il a aussi beaucoup moins accès à l’extérieur, donc il y a des petits retards de développement du langage. C’est des choses qui se rattrapent, mais ça a ses limites », note Marie-Noémie Plat.
La circulaire du 24 novembre 2023 stipule : « Il est recommandé d’inciter la mère à faire participer l’enfant à des activités », et qu’il y ait des « interventions régulières de puéricultrices et éducateurs jeunes, en complément des interventions agents PMI (Protection maternelle et infantile). » Mais ce ne sont que des recommandations, plus ou moins suivies selon les prisons et les individus.
Anaïs Ogrizek, pédopsychiatre, souligne : « Le facteur déterminant dans la transmission de la culture reste avant tout les relations humaines et en particulier le lien du bébé à sa figure d’attachement qui se construit dès la période anténatale. En partant de cette hypothèse, le bébé né en nurserie carcérale aurait donc un développement similaire aux autres enfants de sa communauté. »
Quand l’hyper-attachement devient un frein au bien-être
L’attachement de l’enfant envers sa mère est un besoin primaire, essentiel à sa survie et à son développement psychologique. C’est l’une des raisons pour lesquelles les enfants restent en prison auprès de leur mère. Mais cet attachement poussé à l’extrême, comme c’est le cas en prison, peut aussi poser problème. L’enfant passe énormément de temps avec sa mère, quasiment 24h/24, dans un environnement très restreint. Cette proximité constante, combinée au manque d’autres interactions, peut conduire à un hyper-attachement.
L’hyper-attachement, au contraire, peut se révéler nocif pour l’enfant et développer dès le plus jeune âge des troubles anxieux, une crainte de la séparation ou des difficultés à créer du lien avec d’autres personnes.
Le fait de laisser l’enfant avec sa mère en prison pour ne pas briser ce lien d’attachement si important pour le bien-être de l’enfant peut paradoxalement devenir un frein pour ce même bien-être. La preuve que le trop est l’ennemi du mieux, mais surtout qu’une maternité en prison se réfère à des textes, lois et circulaires, et ne prend que très peu en compte l’individualité et les besoins de chaque enfant.



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